Samedi 10 mai, à l’occasion de la journée commémorative de l’esclavage et de la traite des noirs, le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration suivante : « cette histoire doit être inscrite dans les manuels scolaires afin que nos enfants puissent comprendre ce qu’a été l’esclavage, qu’ils puissent mesurer les souffrances engendrées, les blessures qu’il a laissées dans l’âme de tous ceux que rien ne peut délier de ce passé tragique ». Une annonce qui n’a fait autant d’échos négatifs que l’annonce du parrainage d’un enfant victime de la shoah par un élève de CM2 mais qui mérite, cependant quelques critiques.
A commencer par la forme, qui consiste pour le président à annoncer à chaque moment d’émotion des mesures pour s’acquérir de la sympathie d’un groupe de population. C’est au sein d’un rassemblement du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), le 13 février dernier que Nicolas Sarkozy avait exprimé sa volonté de confier, à partir de la rentrée prochaine, à chaque élève de CM2 la mémoire de l’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah. Et voilà que concernant l’esclavage et la traite des noirs, l’annonce est faite jour de la commémoration de 4 siècles de crimes contre l’humanité. Ainsi comme le JDD le rapporte dans ces paroles de François Bayrou : « Ce n’est pas au président de la République, chaque fois qu’il y a un moment d’émotion, de changer les programmes de l’école primaire. » Il semble qu’il n’appartient pas au chef de l’exécutif français de décider des programmes scolaires. C’est une commission spécialisée qui a en charge cette tâche. Le président peut suggérer, orienter, conseiller mais il ne peut décider. Cette façon de faire, qu’on appelle communément la forme érigent deux problématiques : celle de la fonction présidentielle, qui doit inclure clairvoyance, lucidité et perspicacité. Et qui doit se défaire de toute spontanéité, surtout lorsqu’il s’agit de blessures de l’histoire aussi graves que l’esclavage et la Shoah. Par ailleurs, on peut se demander si cette spontanéité maladroite n’est pas révélatrice d’une présidence en mal être qui peine à s’affirmer et à s’imposer. La figure du président de la république est ébranlée, la figure représentative de la France à l’extérieur est penaude dans son for intérieur.
La deuxième critique intervient dans le fait que l’esclavage est déjà au programme dans le cycle 3 du primaire, c’est-à-dire dans les classes de CE2, CM1, et CM2. Il semblerait que cela date d’au moins 2002. Dans le Bulletin officiel de l’Education nationale, on peut lire ceci concernant l’enseignement de l’histoire dans le primaire : «Cette période de trois siècles [1492-1815], riche de multiples événements, ouvre véritablement le monde moderne, ainsi qualifié par opposition à une époque contemporaine plus proche de nous. L’ensemble de la planète est désormais accessible, l’imprimerie facilite une large diffusion des connaissances et des idées, une vision scientifique du monde émerge, aux XVIe et XVIIe siècles. Avec l’Encyclopédie, le XVIIIe siècle voit se développer l’intérêt pour les techniques. De grands textes fondateurs, marquant encore la vie politique et sociale de notre pays, sont élaborés : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le Code civil. Mais la même période a vu le massacre des Indiens d’Amérique, la traite des Noirs, la Terreur révolutionnaire et l’apparition de la «guerre de masse», caractéristique de la Révolution et de l’Empire.» Et plus loin, au chapitre Education civique : «L’élève découvre diverses formes de participation à la vie démocratique : le vote, l’acceptation de charges électives, l’engagement dans la vie publique. Il apprend que, même si la réalité n’est jamais entièrement conforme à l’idéal, celui-ci doit continuer à être affirmé pour guider les comportements et structurer l’action, à partir d’exemples historiques comme l’esclavage ou l’inégalité entre les hommes et les femmes.» C’est à se demander si le président ne prend pas ses citoyens ultramarins et d’origine d’Afrique Noire pour des cons. Ou bien cette décision a été prise sans la consultation du ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos. Si tel est le cas, il faut réviser les institutions françaises, car il semble que la monarchie est révolue depuis 1792.
Enfin la dernière remarque qui n’est guère une critique serait plutôt une proposition. Au lieu d’accentuer les divisions et de faire diverger les catégories sociales, il serait temps que le gouvernement s’engage dans une mesure juste et équitable. Cette mesure qui pourrait s’appeler: « Devoirs de Mémoires » aurait comme ambition de grouper tous les événements douloureux de l’histoire. Ces événements se regroupant en un panel étendu dans lequel il faudra trier et consacrer davantage de temps à l’étude des faits les plus importants : la Shoah, l’esclavage et la traite des noirs, le massacre des Indiens en Amérique, les crimes de la colonialisation ou encore les différents génocides du XXème. De telle sorte qu’à la sortie du secondaire l’élève ait étudié 2 fois (au collège et au lycée) les principaux crimes de l’histoire comme il a étudié par 2 fois la révolution française, la démocratie athénienne ou encore les deux guerres mondiales. Par ce procédé, en incluant dans l’histoire officielle ces faits graves, on y inclue par la même occasion le rôle négatif des nations occidentales. Il est certain que certains mythes comme celui de la France, pays des droits de l’homme seraient rompue. Mais c’est un mal pour un bien au service du réalisme. Le réalisme du schéma social de la France qui traduit des inégalités dont les explications se trouvent dans l’histoire et dont les solutions peuvent se trouver dans le traitement que l’on fait de l’histoire. Ainsi ne plus marginaliser la traite des noirs ou l’esclavage permettrait aux enfants ultramarins et africains de la république de se sentir plus reconnus en France et par ailleurs de se sentir un peu plus français. La France ne peut plus continuer à agir en défavorisant une couche de sa population. C’est pour se rapprocher des emblèmes de la Nation« Liberté, Egalité, Fraternité» que doivent être développées de telles mesures, car la coupe du monde de football n’a lieu que tous les 4 ans !! Enfin, en raison du fait qu’au lycée les élèves sont chargés de réaliser un dossier : le TPE ( Travail Personnel Encandré), les élèves de 3ème pourraient dans le cadre de leur brevet de collège présenter un exposé écrit ou oral ayant pour thème le devoir de mémoire. Et le choix de l’élève ne sera pas cantonné aux seuls problématiques étudiées en cours puisque la thématique du devoir de mémoire est universelle. Elle concerne toutes les nations et intègre des faits de l’histoire moins officialisés, moins visibles comme les crimes de l’URSS pendant la Guerre Froide, les disparus d’Argentine, les crimes de guerres japonais…
En officialisant ces pages noires de l’histoire de France dont les victimes sont des citoyens français, on peut faire un mouvement en avant car la critique constructive est un levier du progrès.
Moniaty A. Chakour

mai 18, 2008 à 9:37 |
interessant